« Négociations » ? la grande braderie

Publié le par SNJ FMM

« Négociations » ? la grande braderie

Il y a deux ans et demi, à son arrivée, la direction du futur France Médias Monde nous promettait une « harmonisation » entre RFI, France24 et MCD.

Aujourd'hui, alors que les négociations sont enfin lancées depuis quelques mois, il ne s'agit plus que d’un « accord d'entreprise ».

Et en effet, d'harmonisation, il n'est plus question.

France24 devait avoir plus de congés, et de nouveaux emplois.
RFI et MCD devaient, certes, abandonner des congés, mais obtenir des salaires comparables à ceux de France24.
Bref, à écouter la direction, tout le monde devait y gagner.
En l'état actuel des négociations, les gains sont minimes, mais les pertes sont colossales, et pour tous !

A RFI et MCD :

Le temps de travail va exploser

« Rachat » des congés :

Les journalistes travailleront entre 7 et 12 jours de plus par an.
Les Personnels techniques et administratifs (PTA) entre 4 et 8 jours de plus.
Le fait de payer ces jours au prix d'un jour effectivement travaillé ne compense en rien la fatigue accrue et la perte de temps de repos et de loisir.

« Gel » du CET

La direction estime que les Comptes épargne temps existant à RFI et MCD lui coûtent trop cher. Puisqu'elle ne peut pas légalement les faire disparaître, elle les « gèle ». Il ne sera plus possible de les alimenter, et les jours déjà déposés vont se « déprécier ». Leur valeur monétaire étant définitivement arrêtée, leur équivalent en jours de congés va diminuer au fil du temps. La direction incite donc les salariés, là encore, à les faire disparaître en les monétisant.
Peut-être, un jour, « si nous avons fait assez d'économies », la direction remettra-t-elle en place ce dispositif créé par la loi il y a plus de 20 ans !

Disparition de la « semaine ramenée » pour les PTA

Le fait de travailler sur des jours fériés, les dimanche, ou dans les semaines ramenées ne générera plus de récupérations. Cela représente là encore plusieurs jours, voire semaines de travail supplémentaires.

Les métiers sont brouillés

La « classification des emplois » proposée par la direction est un joli méli-mélo, qui reprend quelques termes à France24, quelques uns à RFI et MCD, et en invente quelques autres. Au final, bien malin qui comprend où il se trouve, et surtout comment il peut évoluer.

Par la disparition des indices, la rémunération devient plus opaque que jamais. Et rien n'empêche un salarié de « rétrograder » dans l'échelle des fonctions. Mais la direction nous assure que dans ce cas, les salaires seront préservés, ce qui est faux (voir le chapitre sur la prime d'ancienneté).

La direction a également décidé de créer, au sein du métier de journaliste, l'emploi « d’assistant d'émission ». Tous les assistants d'édition qui travaillent actuellement sur des magazines ont ainsi vocation à devenir journalistes. Précisons pour les salariés de France24, que ce métier n'a rien à voir avec celui d'assistant d'édition à France24, qui est aujourd'hui, et sans contestation possible, un poste de journaliste.

La direction nous explique avoir « changé d'avis » par rapport à ce qui était établi jusque là dans l'entreprise : à savoir qu'un journaliste devait avoir les compétences et les connaissances nécessaires pour assurer les principales fonctions au sein de RFI et MCD : rédiger un article ou un « papier », faire du reportage, « passer » à l'antenne.

Aujourd'hui, on nous explique que les assistants d'édition / journalistes n'ont pas besoin de ces compétences, car il ne sont pas amenés à faire autre chose que leur travail actuel.

Cela revient donc à créer un emploi sans perspective d'évolution, une rédaction à deux vitesses, et des journalistes qui risquent d'avoir bien du mal à obtenir leur carte de presse au vu de leur travail effectif...

Par ailleurs, puisque la « classification des emplois » prévoit des évolutions vers le haut ou vers le bas, un journaliste d'un service ou un présentateur peut se voir demander demain de devenir assistant d'émission...

A France24 :

Des ETP, pas des emplois

La direction prend enfin acte d'un fonctionnement aberrant de la rédaction de France24, où les journalistes sont à bout de souffle, épuisés par des cycles d'une pénibilité extrême, et/ou des modifications incessantes des rythmes et horaires de travail.

Mais la solution est loin d'être à la hauteur du constat. La proposition est « d'alléger » les cycles les plus pénibles, en les rabotant d'une journée par-ci par-là. Et de saupoudrer des piges pour continuer à faire tourner des tableaux de service qui ne sont pas en rapport avec les moyens humains de la rédaction.

La direction promet donc 18,41 ETP (équivalent temps plein) supplémentaires. Mais cela ne se traduira que par la création de 4 postes. Le reste, par des piges de complément.

La proposition de la direction va donc accroître encore la précarité dans une rédaction qui tourne déjà à plus de 34% sur des précaires (pigistes et CDD), voire 44% pour l'antenne en français.

Finie la prime de remplacement

La direction estime que la prime de remplacement actuelle, versée lorsqu'un journaliste CDI remplace un de ses confrères sur un poste de qualification plus élevée, lui coûte trop cher. Elle veut donc la remplacer par une « indemnité de compétences complémentaires ». Cette indemnité sera versée à partir du 20e remplacement, puis revalorisée à partir du 80e remplacement. Dès lors, elle deviendra pérenne dans le salaire, sauf si le journaliste « refuse successivement » plusieurs remplacements...

On peut s'inquiéter de la façon dont la direction décompte ces « refus successifs », mais surtout cette prime est d'un montant dérisoire par rapport aux montants actuels.

Par exemple, pour un assistant d'édition remplaçant un chef d'édition, cette prime mensuelle sera de 192,30€ brut jusqu'à 80 remplacements, puis de 384,60€ au delà des 80 remplacements.

Pour un deskeur remplaçant un présentateur, elle s'élèvera à 120,19€ brut jusqu'à 80 remplacements, puis 192,30€ au-delà des 80 remplacements.

Les journalistes feront vite leur calcul. Au-delà de 3 remplacements par mois, ils vont perdre de l'argent par rapport au système actuel.

Nous souhaitons bon courage au secrétariat général pour les convaincre de continuer à remplacer leurs collègues...

Quelles règles de dépose des congés ?

La direction entretient toujours le flou le plus total sur les nouvelles règles de dépose des congés qu'elle souhaite mettre en place... Si les idées qui avaient été avancées se confirment, cela pourrait représenter des pertes de jours de congés pour certains journalistes en cycle !

Pour tous !

Une prime d'ancienneté revue qui pénalisera beaucoup de monde

La direction souhaite remettre en cause les modes de calcul de la prime d'ancienneté journalistes.

On peut se féliciter de la proposition de verser cette prime dès la première année d'ancienneté (alors qu'il fallait jusque là attendre 5 ans).

En revanche, son mode de calcul recèle bien des pièges.

La direction remet les pendules à zéro à la date de mise en place de l'accord d'entreprise qu'elle veut nous faire signer, et intègre dans les salaires l'état de la prime d'ancienneté actuelle.

La nouvelle prime augmentera alors de 1% par an. MAIS :

  • pour tous ceux qui approchaient d'un seuil d'ancienneté (5 ans, 10 ans, etc...), ce sera une perte nette. Au lieu de leur augmentation de 5% l'année prochaine, il ne toucheront qu'1% !

  • Cette nouvelle prime sera calculée sur le salaire de base de l'emploi que vous occuperez dans la nouvelle « classification ». Au vu de la disparition des indices actuels, et du regroupement de plusieurs niveaux en un seul, cela peut représenter pour beaucoup une base de calcul beaucoup moins avantageuse qu'actuellement !

Tout ceci pourrait être une stratégie de négociation classique : partons de très bas pour finir par « lâcher » du lest. Mais la direction ne cesse de répéter que la marge de négociation est nulle ! Elle met vos représentants devant le fait accompli en expliquant qu'elle a déjà négocié avec les tutelles et qu'elle ne pourra pas aller plus loin. Ou bien que si l'on améliore une des propositions, il faudra réduire encore sur un autre chapitre...

Par ailleurs, il nous est annoncé ce jour que la méthode de négociations va changer, et qu'il n'est plus temps de relire les textes in extenso, mais de revenir seulement sur les observations qui ont déjà été faites...

Nous dénonçons donc une négociation qui n'en est pas une.

Des « propositions » qui sont posées comme non-discutables.

Une fausse harmonisation qui vise systématiquement au moins-disant.

Publié dans Vos Droits, Négociations

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