Pourquoi le SNJ ne signera pas l'accord d'entreprise

Publié le par SNJ FMM

Pourquoi le SNJ ne signera pas l'accord d'entreprise
Deux organisations syndicales de FMM ont fait le choix de signer l'accord d'entreprise le 31 décembre 2015 au soir.
Le SNJ n'en fait pas partie.
Car nous considérons que cet accord a été négocié dans des conditions déloyales, qu'il est défavorable aux salariés de France Médias Monde, et qu'il n'assure pas la pérennité de notre entreprise.

Dans son communiqué du 4 janvier, la Direction se félicite d'avoir conclu un accord, fruit « d'un dialogue intense et constructif avec les représentants du personnel ».

Intense, il le fut. Du moins ces deux derniers mois. Constructif beaucoup moins.

Du retard à l'allumage

La fusion juridique entre RFI, France24 et MCD a été actée en 2012. Mais ce n'est que deux ans plus tard, le 17 mars 2014, que la direction a annoncé sa méthodologie de négociations de l'accord d'entreprise. Et ce n'est qu'à l'approche de l'échéance qu'elle est enfin entrée dans le vif du sujet, précipitant un calendrier devenu ingérable, annulant ou déplaçant les réunions, ne communiquant pas l'ordre du jour, remettant en séance des textes de plusieurs dizaines de pages sans préparation possible.

Tout cela pour finalement mettre à la signature un texte inachevé, le 31 décembre, par une convocation dans le bureau de la présidente...

De l'harmonisation au nivellement

Il y a deux ans et demi, à son arrivée, la direction du futur France Médias Monde nous promettait une « harmonisation » entre RFI, France24 et MCD. Aujourd'hui, le mot d'harmonisation a purement et simplement disparu du texte. Et pour cause...

France24 devait avoir plus de congés, et de nouveaux emplois. RFI et MCD devaient, certes, abandonner des congés, mais obtenir des salaires comparables à ceux de France24. Bref, à écouter la direction, tout le monde devait y gagner. Au final, les gains sont minimes, mais les pertes colossales...

A RFI et MCD, le temps de travail va exploser

Les journalistes travailleront entre 7 et 12 jours de plus par an.

Les Personnels techniques et administratifs (PTA) entre 4 et 8 jours de plus.

Le fait de payer ces jours la même somme qu'un jour effectivement travaillé ne compense en rien la fatigue accrue et la perte de temps de repos et de loisir.

Les règles de dépose des congés, très restrictives sur certains cycles, restent inchangées, alors que le nombre de jours de congés diminue fortement. Certains salariés vont se retrouver purement et simplement à 5 semaines de congés. En refusant de faire une véritable harmonisation, on recrée des disparités, au sein, et entre les ex-entreprises.

Après le rachat des historiques et la fin du report des congés, la direction a annoncé le « gel » du CET. Elle estime que les Comptes épargne temps existant à RFI et MCD lui coûtent trop cher. Puisqu'elle ne peut pas légalement les faire disparaître, elle les « gèle ». Il ne sera plus possible de les alimenter, et les jours déjà déposés vont se « déprécier ». La direction incite donc les salariés, là encore, à les faire disparaître en les monétisant...

A France24, des « ETP », mais quels emplois ?

La direction a enfin pris acte d'un fonctionnement aberrant de la rédaction de France24, où les journalistes sont à bout de souffle, épuisés par des cycles d'une pénibilité extrême et/ou des modifications incessantes des rythmes et horaires de travail.

Mais la solution est loin d'être à la hauteur du constat. Au final, les cycles les plus pénibles seront « allégés », en les rabotant d'une journée par-ci par-là. La direction promet donc 18,41 ETP (équivalent temps plein) supplémentaires. A force de longues tractations, nous avons réussi à obtenir la création de véritables postes (de 4 seulement, nous passons à une dizaine). Mais reste que la nouvelle organisation va accroître encore la précarité dans une rédaction qui tourne déjà à plus de 34% sur des précaires (pigistes et CDD), voire 44% pour l'antenne en français.

Par ailleurs le choix des postes à créer reste parfois, pour nous, un mystère. Malgré nos demandes répétées, il n'y aura toujours pas de rédacteur en chef de nuit à France24 ! Et ce alors que la future chaîne d'info publique en continu va justement reprendre nos programmes de minuit à 6 heures...

Le statut des journalistes fragilisé

Le SNJ s'est battu pied à pied pour que les spécificités du travail de journaliste soient reconnues dans ce texte. Il a fallu revenir plusieurs fois à la charge pour que de simples références à la Convention collective de travail des journalistes, voire au Code du travail soient intégrées. Dans la version finale, la Direction a malgré tout refusé de reprendre des dispositions légales sur les procédures de licenciement des journalistes, pourtant confirmées par le Conseil Constitutionnel. La loi s'appliquera malgré tout, mais les salariés auront intérêt à nous solliciter pour connaître l'intégralité de leurs droits !

En revanche, la Direction a bien trouvé toutes les références nécessaires, et une interprétation extensive de la loi sur le temps de travail, pour limiter au maximum les collaborations extérieures...

Un accord inachevé

Des points cruciaux pour l'avenir de l'entreprise ont été repoussés à plus tard. Pour signer coûte que coûte au 31 décembre, la Direction a remis à 2016 la négociation sur la « grille de classification ». Rien moins que la définition des emplois, leurs évolutions et leurs rémunérations !

L'accord signé repose donc sur une annexe... qui n'existe pas.

La Direction a senti que sa proposition sur les primes de remplacement, qui allait grandement réduire la rémunération de nombreux journalistes à France24, risquait de compromettre une signature ? Repoussée à 2016.

Le gel du CET est une mesure très mal vécue par les salariés qui en bénéficiaient ? On en reparle en 2016.

Mais maintenant que cet accord est signé, quel sera le poids des organisations syndicales pour obtenir des améliorations ?

Pour toutes ces raisons, le SNJ ne signera pas cet accord d'entreprise, quitte à être écarté (par des dispositions de ce même texte) des discussions sur son application.

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